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nous sommes deux sœurs jumelles... enfin surtout moi

nous sommes deux sœurs jumelles… enfin surtout moi

J’adore le cinéma !

Du coup, je déteste le Festival de Cannes… et je ne vais pas vous expliquer pourquoi. Soit vous le savez, et on va juste se faire un petit clin d’œil, soit vous me détestez déjà et je vous propose de naviguer ailleurs, marin d’eau douce !

Chaque année, j’évite le sujet. Quand on me parle du Festival, je ferme les yeux et je pense à un champ de blé, à une colline, au vent dans mes cheveux dorés, au soleil couchant, à quelques chats crucifiés finissant de rôtir au soleil… hem… je m’égare. Bref, comme je ne regarde pas la télé (non pas par snobisme, c’est juste que ça me fait chier, je dis ça pour ceux qui me sortent régulièrement « ouah, genre tu regardes pas la télé, tu fais ton rebelle »), c’est plutôt facile.

Mais cette année, le festival des poufiasses à talons, qui malheureusement ne tombent jamais durant la montée des marches (vu que je ne regarde pas la télé, je ne les verrai même pas tomber… zut), m’a rattrapé. Alors je vais me venger. Et pas qu’un peu.

Je vais vous parler du dernier film de Nicolas Winding Refn. Celui là même qui avait fait l’excellent Drive.

Ryan-Gosling-Drive-movie-image-2D’habitude, j’ai tendance à me méfier des mecs dont le nom est composé à 75% de consonnes, mais j’avais aimé Drive. Nous ne sommes plus habitués à des bonnes réalisations, du coup, Drive a été un rayon de soleil au milieu de ces dernières années pauvres d’un point de vue cinématographique (parce que sur les autres plans on se gave depuis la fin de la crise qui n’est pas tout à fait finie mais qui est quand même derrière nous… oui là, juste derrière). Alors du coup on a bien besoin d’un peu de soleil. Ainsi j’avais aimé Drive en répétant depuis que c’était un excellent film si l’on exceptait la scène complètement inutile de l’ascenseur.

C’est donc le sourire aux lèvres que j’achetais mon billet pour « Only God Forgives », dont le seul titre murmurait quelque chatoyante promesse à mon cerveau déjà acquis.

Fatal Error !

Déjà, Dieu ne joue même pas dans le film. Bon ça on a l’habitude. C’était juste pour dire.

Par où commencer ?

Pour vous situer l’ambiance et ne pas vous laisser à la traîne, Only God Forgives c’est un peu comme si Tarantino sodomisait David Lynch pendant une projection d’Irréversible.

tarantino_sans les mainsDit comme ça, ça peut paraître excitant si vous êtes un peu tordu ! Mais non en fait…

Only God forgives c’est l’histoire d’un flic fan de Karaoké qui coupe des mains, d’une mère autoritaire qui n’aime qu’un seul de ses fils (celui qui tue des prostituées) et d’un fils mal aimé qui a perdu ses clés de voiture.

Ryan 2Le flic, c’est comme Dieu, sauf qu’il ne forgive pas du tout !

Flic 2Au début, le frère de Ken (le frère mal aimé) tue une prostituée, juste pour se calmer parce qu’il est très énervé. Comme il est un peu flapi après coup, il décide de rester un peu sur place pour se reposer, l’air hagard. Le flic de Bangkok – soyons clairs, y’en a d’autres des flics à Bangkok mais ils ne sont là que pour servir de faire valoir au magicien cacheur de sabre – Ze flic de Bangkok donc, fait venir le père de la jeune femme prostituée qui git au pied du lit, dans une marre de son sang (c’est de l’art, c’est dans la pénombre, pas facile à rendre comme ambiance, chapeau !). Il les enferme tous les deux dans la chambre en se disant qu’ils ont surement plein de choses à se dire. Effectivement, on entend que ça s’agite à l’intérieur avant de découvrir qu’on peut obtenir le même résultat sur un crane avec n’importe quel objet différent d’un extincteur (c’est de l’art, c’est dans la pénombre, pas facile à rendre comme ambiance, chapeau again Mr Rfgn !).

A partir de là, comme on dit, tout s’enchaîne.

Le flic se révèle un peu déstabilisant en amenant le père qui vient de se venger dans un terrain vague. Il lui reproche de laisser ses filles se prostituer. Le bon point c’est que jusqu’ici, on comprend à peu près tout. Alors après un peu de blabla pour faire monter la tension, il sort un sabre de nulle part et coupe les mains du père afin qu’il n’oublie pas ses autres filles.

Coupe mains père 2Une fois les réprimandes effectuées auprès de tout le monde, Johnny Bangkok s’en va au Karaoke sans texte avec ses potes. Son truc, c’est de se détendre en poussant la chansonnette devant tous ses collègues, et c’est encore mieux s’ils ont vraiment l’air de se faire chier.

Voilà, ce sera ça le cycle : flic omnipotent qui voit tout-sait tout, il fait ses manigances, sort des sabres de sa chemise, coupe des mains en vrai ou en rêve, fait quelques variantes avec des cuisses ou des yeux, puis s’en va chanter un peu.

Ken, lui, c’est une sorte de violent repenti blasé qui faut quand même pas trop faire chier.

Il tient une salle de boxe qui sert de couverture à un trafic de drogue, mais au global il a plutôt l’air cool. Il aime la bagarre et regarder les prostituées fouiller partout dans leurs petites affaires pour voir si elles n’auraient pas perdu quelque chose (je rappelle qu’il a perdu ses clés de voiture et que c’est un grave traumatisme, alors ne jugez pas !).

Quand il apprend que son frère est mort, il convoque de manière arbitraire le meurtrier avec quelques amis. On ne sait pas bien comment il connaît toute l’histoire mais bon, c’est tous des gens balèzes, sinon ils joueraient pas dans le film. Reste que même si c’est un bad motherfucker, il laisse la vie sauve au père. Après tout, le frère s’est mis dans la merde tout seul. Tuer une prostituée avant qu’elle ne retrouve ses clés ne lui dit vraiment rien qui vaille. Il opte pour la non violence et va se faire une soupe (on ne le voit pas mais c’est largement suggéré. Il faut dire aussi que je suis assez calé en cinéma !).

ONLY-GOD-FORGIVES-RYAN-GOSLING-2Tout aurait pu se finir comme ça. Laissez-moi vous le dire, ça aurait fait du bien à beaucoup de monde. Mais c’était sans compter sur sa mère…

La mère, c’est genre la toxico incestueuse qui préférait son autre fils parce qu’il avait « une plus grosse bite ».

Un peu vulgaire, elle fait un long trajet pour venir pleurer son fils meurtrier mort. Du coup, elle est un peu énervée et va donc fort logiquement ruiner le karma du film qui nous avait apporté harmonie et sérénité jusqu’ici.

Elle veut que son fils soit vengé et peste qui sa lopette de boxeur ne veuille pas exécuter la basse besogne. Elle embauche donc quelque mercenaire local qui lui-même fait appel à de la main-d’œuvre pas chère pour tuer le père d’abord, puis le chef de la police.

mother2Bon pour le père, c’est facile, c’est rapide, c’est de dos et couic (même si c’est toujours de l’art, c’est dans la pénombre, pas facile à rendre comme ambiance, re-chapeau again Mr Rfhgn !!).

Par contre, forcément, pour le crooner ninja, ça va être un peu plus dur. Tout le monde meurt autour de lui mais il court se faire Michel Polnareff à grand coup de poêle à frire bouillante pour pouvoir remonter la filière et punir les nuisibles. Son truc ça reste de couper les mains, c’est bien suggéré, mais là ça ne peut pas suffire, alors il occit à mort mû d’une ferme décontraction².

Décontraction2Après ça part en sucette vous l’aurez deviné. Le fils qui passait pour un baba cool jusque là est obligé de s’en mêler et de se (faire) battre par le boss de fin de niveau avant la fin du niveau, dans un combat de boxe complètement déséquilibré. La mère qui n’avait rien à faire là passe devant son fils à terre juste pour lui faire remarquer que c’est vraiment une grosse merde et qu’il devra rentrer à pied (oui ! il n’a toujours pas retrouvé ses clés de voiture… vous suivez ou pas ?).

Alors c’est vengeance et sur-vengeance, mais dans le tumulte, le gentil fils dealer épargne la petite fille du Kung-fu master.

Fatigué par ces péripéties et pressé d’aller chanter devant ses collègues avachis, le justicier se fait un devoir de remercier Ken en tuant sa mère, qui franchement l’avait bien cherché.

Chanteur2Quand Ken retrouve sa mère, il a soudain une intuition qui lui permet de retrouver ses clés. Fallait juste y penser !!

Au final, tout est bien qui finit bien, et on est déjà content que ça se finisse. J’ai passé un an à dire que la scène de l’ascenseur de Drive était de trop, c’était pas pour me voir infliger un montage complet de toutes les scènes d’ascenseur que Mr Rfhgnr avait en stock.

Faire un résumé du film, aussi parodique soit-il, laisse penser que ce n’était pas forcément si mal et que ça aurait même pu gagné son pari si Mr Rghfrghn n’avait pas choisi de se faire un délire contemplatif.

Cannes m’a rattrapé, c’est peut-être bien fait pour moi, mais si ce réalisateur pense s’endormir sur les lauriers qu’on lui a tressé, il ne sera pas le seul à s’endormir et finira probablement en tête d’affiche du Festival International du Film Chiant (qui existe bel et bien, merci Stef pour ce tuyau !).

1 : Vous pouvez quand même aller le voir, mais dites plutôt que vous venez de la part de Catherine Deneuve.
2 : Celle là, c’est cadeau, même si occire ne se conjugue pas.
3 : Dans ce film, retourner dans le ventre de sa mère prend tout son sens !
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