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Je m’baladais sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu, j’avais envie de dire bonjour… heu non, j’écoutais France Info dans ma voiture, la tronche en biais, l’haleine douteuse, sans aucune envie de parler à qui que ce soit quand, soudain, mes oreilles ont frémi. Ça parlait du Japon et de la catastrophe de Fukushima.

On semble aller de surprise en surprise lorsqu’on écoute les maigres infos qui nous parviennent sur cet incident pourtant majeur. La phrase qui a retenue mon attention reprenait en résumé ce que l’on disait à la population sur place, à savoir que s’ils venaient à attraper un cancer, ce serait à cause de la peur et pas du tout à cause de la radioactivité, celle-ci n’étant pas plus dangereuse que trois verres de Sake.

Si le procédé de désinformation semble classique, il n’en fait pas moins frémir, jusqu’à nous glacer le sang pour au moins deux raisons.

La première est que le Japon est la troisième puissance mondiale. Si pour Tchernobyl on comprend parfaitement comment tout a pu être caché et minimisé dans une zone politiquement hermétique, en ce qui concerne Fukushima, c’est quand même étonnant, et bigrement inquiétant pour tous les pays fortement équipés en nucléaire. D’autant que le Japon (seul pays touché par deux explosions atomiques – oui, je confirme que par exemple pour la France, les essais en Algérie et à Mururoa ne comptent pas comme de réelles frappes !!) vit depuis plus de soixante ans avec le fantôme du nucléaire, d’ailleurs souvent exorcisé par le biais du cinéma ou du dessin animé.

Première scène d'Akira - film d'animation japonais de 1988, de Katsuhiro Ōtomo, adapté du manga éponyme

La seconde renvoie à l’image que l’on se fait du Japon vu de l’extérieur, s’agissant de l’honneur, du suicide suite au déshonneur, de l’engagement, des samouraïs, du sens du devoir, des kamikazes, enfin voilà quoi. L’image que l’on se fait d’un peuple n’est jamais totalement exacte (non les français ne sont pas tous sales et désagréables pas plus qu’ils ne sont tous des touristes exécrables… heu… enfin bon…), pour autant, tout ceci se base quand même sur quelques vérités culturelles. Ce qui fait froid dans le dos, c’est de se demander à quel point Tepco et tous les intervenants politiques et scientifiques jouent sur ces registres pour maintenir un semblant de cohésion. Dans ce cas, le peuple serait le dernier gardien de cet honneur, poussant le devoir jusqu’à mourir en silence, et le gouvernement japonais pourrait se sacrifier dans la honte en un suicide collectif, accompagné des scientifiques que l’on a eu l’occasion d’entendre bafouiller depuis six mois.

Alors le but de ma démarche, comme toujours ici, n’est pas de faire une dissertation sur le Japon, sur le nucléaire, ou de tenter de faire croire que je maîtrise à fond tous les sujets que j’évoque. C’est justement parce que je découvre plein de choses tous les jours que je m’indigne encore. Le but est d’attirer l’attention, de faire réagir et de pousser ceux qui passeront ici à s’interroger. Comment peut-on, 25 ans après Tchernobyl, constater qu’au final et d’une manière pratique, rien n’a été prévu ? Si aujourd’hui on ne nie plus les faits comme en 1986, on se contente de ne plus en parler. En effet, qui parle aujourd’hui de Fukushima autrement que pour parler d’une sortie ou non du nucléaire, qui parle de Fukushima et de ses habitants ?

Aujourd’hui, donc, après Tchernobyl et Fukushima, on se demande quel rôle et quelle crédibilité pour l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) qui, incapable de prendre des mesures sur place, se contente de relevés approximatifs, voire prend ses informations dans les journaux télévisés japonais…

Comité de Direction de l’AIEA ?

On découvre d’ailleurs aujourd’hui que beaucoup pointaient du doigt les centrales japonaises et TEPCO, et au final on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement entre la gestion du parc nucléaire mondial et la régulation des marchés financiers. Tout et n’importe quoi jusqu’à ce que ça pète.

Si le nucléaire ne peut apprendre de ses erreurs, quel avenir peut-il avoir ?

Au final, je reviens sur une question courante qui est : à qui profite le crime ?.

Aussi bien pour le financier que pour le nucléaire, n’oublions pas que nous sommes tous indirectement responsables. Pouvons-nous vivre en consommant moins ? Pouvons-nous vivre sans voiture ? Pouvons-nous vivre sans changer de matériel tous les deux ans ? Pouvons-nous arrêter d’acheter des biens immobiliers qui nous endettent au delà du raisonnable pour 25 ans ou plus ? Pouvons-nous imaginer de ne placer notre argent que sur des livrets ou que sur du long terme sans attendre de rendement exagérément supérieur à l’inflation (je reviendrai sur ce thème bientôt) ?

Si la réponse est non, alors nous ne méritons rien de mieux et nous pouvons laisser notre avenir entre les mains de ceux qui nous promettent que l’on ne manquera de rien alors que nous perdons tous les jours un peu plus de nous-mêmes.

Si la réponse est oui, même modestement, même si c’est un frémissement, même si c’est une humble tentative de faire autrement, alors nous pouvons et nous devons nous indigner. Parce que nous savons que nous n’obtiendrons rien de personne, ce que nous voulons, il faudra aller le chercher nous même. Tout ne peut partir que de nous. On ne peut compter ni sur nos gouvernements, ni sur les grands groupes et encore moins sur une intervention divine (aide-toi et le ciel t’aidera).

Progressivement, et en utilisant de plus en plus les armes à notre disposition, nous pouvons faire évoluer les choses. De simples récepteurs passifs jusqu’ici, encore groggys sous les coups incessants d’une société de consommation sous amphétamines, nous pouvons tous devenir des émetteurs et rétablir la vérité sur ce que nous sommes vraiment et ce que nous voulons réellement.

Sommes-nous différents de ce pour quoi on nous prend ?

Comme disait Coluche : « Et dire… qu’il suffirait que les gens ne les achètent plus pour que ça se vende pas »

A lire : Interview d’un technicien de la centrale de Fukushima

A lire : Article sur l’honneur perdu de l’AIEA

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