Voici ma troisième participation au blog à 1.000 mains de Mme Kevin et de sa copine, sur une photo de M1 – leur esclave – qui tient un bar sympa.

Je suis là, debout comme un con au milieu de la rue, immobile. Ca n’arrive jamais. Dans les rues, tout le monde est en mouvement, rapide ou lent, pressé ou tranquille, et ceux qui ne marchent pas discutent entre eux, contemplent diverses choses ou téléphonent puisque c’est à présent la mode de faire tout en public, réellement ou virtuellement.

J’étais comme eux, aussi en mouvement, le cerveau ailleurs alors que mes jambes me portaient automatiquement à l’endroit que j’avais programmé en début de parcours. Mais soudain, un de ces instants ! Ces instants qui claquent dans nos cerveaux comme des coups de fouets, comme pour nous rappeler des choses que nous oublions sous les coups assommants du quotidien. Ce quotidien hypnotique qui nous dépouille de notre vraie nature pour nous travestir avant de nous offrir à cette fosse ridicule.

Dans ces moments, on est comme en transe, comme si l’on percevait un court instant la vraie réalité, la fragilité de nos vies, du monde qui nous entoure et des personnes qui l’habitent. Je vis souvent ces moments la nuit quand d’un coup mon cerveau me sort de mon sommeil en me susurrant, acide, que je suis mortel. Je me dis que cet acte est inutile puisque je sais que je suis mortel. Oui, je le sais, mais je ne le ressens pas comme il me le fait ressentir à cet instant. Ce qu’il veut me dire c’est que je sais beaucoup de choses sans connaître le dixième de leur signification véritable.

Et là c’est pareil. Je suis debout comme un con au milieu de la rue, immobile. La vie défile devant moi dans tous les sens. Je vois cette rue comme elle a été et comme elle sera. Sa construction, ses rénovations, les passants du moyen-âge, les mendiants qui se pissent dessus et meurent d’une maladie que je ne sais même pas écrire, les chevaux qui passent au milieu de la fange. Je sens cette odeur qui devait être celle des villes du XVIIIème. Je vois les femmes qui passent à des époques différentes, avec des visages différents, des démarches différentes, des habits différents mais avec finalement le même rôle qu’est celui de supporter la culpabilité de la perpétuation de cette mascarade.

Cette rue s’accélère alors. Elle traverse notre époque et se vide, se remplie de mousse et d’arbres. Les racines déforment la chaussée et l’Homme a disparu. Je m’élève alors au dessus de cette rue, de cette ville, de ce pays, de cette planète pour découvrir qu’autour rien n’a changé. Les quelques années écoulées n’ont rien changé aux quatre milliards d’années qu’il reste à cet endroit avant de se transformer à nouveau.

Mais soudain ce décor reprend vie petit à petit. La lucidité s’étiole devant cette paire de jambes qui transporte ce que je convoite. Vite, je dois me reproduire. Je ne me souviens déjà plus de mon songe.

Cette fois, j’espère que ce ne sera pas un travelo comme l’autre soir. Sinon, j’irai au cinéma, histoire de me changer les idées.

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