Bon, je suis une grosse feignasse, ça tout le monde l’a bien compris…

Je vais mettre mes participations au blog à 1.000 mains puisque c’est comme ça que ça marche, je dois le mettre sur mon blog et blablabla et blablabla. Mais bon, je vais déjà galérer pour mettre la photo, galérer pour mettre le lien vers le blog de Mme Kevin (l’oiseau de Là Haut en personne !), et… bon j’arrête de râler. Le principe est de faire un texte sur une photo imposée.

Voici donc ma participation à la première photo du  blog à 1.000 mains :

LUC

Tout le monde ne se connaissait pas. La soirée était bien entamée. Chacun donnait son avis, parlait à tort et à travers, comme dans toutes ces discussions entremêlées ou chacun prend la parole pour y aller de son petit avis. Fort logiquement, la politique s’invita dans la discussion, suivie par la religion et d’autres thèmes encore.

Soudain, le silence se fit. Les personnes présentes comprirent rapidement au changement de ton que l’ambiance avait tournée.

« …C’est tellement facile de se retrancher derrière des a priori confortables de petit bourgeois nationaliste. Seulement voilà, les gens sur qui tu craches ce soir ne sont pas tous des blacks, des drogués ou des pédés ! Un jour, ton fils pourrait balancer à ses potes un truc du genre : « J’étais bourré. Pas défoncé mais on avait picolé quelques bières et… voilà, on avait passé la journée sur la plage à se bécoter, on avait que nos serviettes, nos maillots de bain et nos chaussures. Putain que c’était le bon temps. Je la connaissais de la veille et sa peau sentait un fruit exotique. La nuit tombée on a commencé à entamer les provisions que je venais d’aller chercher au petit 8 à huit à côté. On a tapé dans la grignote et vidé quelques bières en rigolant. Et à force de se bécoter on en pouvait plus alors on a baisé. Entre blancs hétéros. Pas de capote, mais bon, il est où le problème on était jeune et tout était permis. Comme quand on roulait à 180 sur l’autoroute en gueulant à tue-tête dans notre voiture pourrie. »

Seulement voilà, ton fils aura choppé le Sida chez une bonne française blanche et hétéro. Elle l’avait bien au chaud dans son petit cul serré. Peut-être même que ce sera la fille de ton pote dentiste avec qui t’es en train d’échanger tes blagues colonialistes de merde. Peut-être même que tu renieras ton fils. Ce serait tellement mieux qu’il choppe un cancer. On pleurerait son triste sort à son enterrement en exhortant les gens à donner aux associations de lutte contre le cancer. C’est tellement plus noble. C’est tellement pas de chance. Alors que chopper le Sida, ça jetterait une odeur de nègre sur ta famille, on risquerait même de penser que t’es un camé homosexuel repenti qui a refilé ses gênes pourris à son fils.

Mais peut-être aussi que tu changerais d’avis. Peut-être qu’en le voyant tomber en lambeaux pendant des années… peut-être qu’après avoir perdu tout ton fric chez les médecins tu gagnerais un peu d’humilité… peut-être… »

Luc avait posé son verre avant de partir, sans même saluer ceux qu’il connaissait.

Il mourut trois mois plus tard.

Il n’y avait pas grand monde à son enterrement. Beaucoup s’étaient écarté de lui. Ils comprenaient sa douleur mais acceptaient difficilement sa haine.

Pourtant, si aucun n’était responsable de sa maladie, tous l’étaient plus ou moins du regard qu’ils posaient sur lui quand ils le voyaient.

Ce regard qui ronge bien plus vite et bien plus profondément que la maladie elle-même.

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