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Au sud-est de la Basse-Saxe, en Allemagne, se trouve de jolies collines culminant (si ! si ! le mot n’est pas trop fort !) à 200 mètres environ avec un point culminant à 234 mètres doté du poétique nom de Remlinger Herse. Cette chaîne de jolies collines (je répète jolies, ça ajoute au côté schtroumpfesque du décor) se nomme L’Asse.

L’Asse donc, est l’endroit où se trouvaient des mines de sel dont la plus connue est celle où les allemands ont mis sous le tapis enterré caché mis en sécurité des tonnes et des tonnes de déchets nucléaires qui menacent aujourd’hui, par le biais de mouvement du sol et de présence d’eau, de toucher les nappes phréatiques alentours. Si vous n’avez pas suivi, vous pouvez vous documenter, ce ne sont pas les sites sur le sujet qui manquent.

Personnellement, et je ne pense pas être le seul, sans un passage récent dans les médias, je n’aurais jamais fait la connaissance de ce petit paysage merveilleux. C’est surement car je ne vais jamais aux manifestations à Bure qui est pourtant près de chez moi, que je ne suis pas un anti-nucléaire portant des silex à la taille et regrettant le temps agréable et lung-friendly du charbon. Pas plus que je ne suis un pro-nucléaire adepte de tout ce qui consume notre planète, défenseur du progrès, sûr que l’homme peut s’adapter, même à une atmosphère vénusienne et lâchant régulièrement aux adeptes du temple du soleil un définitif et méprisant « ben trouvez mieux que le nucléaire (bande de hippies à la con – cette partie étant souvent uniquement pensée par le propriétaire du 4X4) ».

Car oui, et c’est bien dommage, il n’y a aujourd’hui que deux camps qui sont entendus, ou plutôt qui parlent très fort. Un peu comme pour le réchauffement climatique où il y a d’un côté les scientifiques et de l’autre Claude Allègre et tous ceux qui ont un avis tranché sans avoir vu la moindre étude et débattent sur des milliers de forums sans qu’aucun ne cède le moindre millimètre de terrain.

Ces guerres de tranchées appuyées par aucun fait concret la plupart du temps, mais juste des répétitions bêtes de ce que l’on peut lire à droite et à gauche, sont observées par la troisième catégorie, peut-être (j’espère) la plus massive et la plus silencieuse, dont je fais partie.

Pour rester dans les déchets nucléaires et le nucléaire en général (je reviendrai avec le réchauffement un autre jour), cette catégorie se pose beaucoup de questions sans affirmer quoi que ce soit, si ce n’est que l’on ne sait pas où on va et que l’on se demande ce que l’on sait vraiment. On sait a priori qu’aucune énergie propre n’existe aujourd’hui en quantité suffisante sinon des multinationales se seraient déjà emparées du marché. On sait que chaque centrale est un Tchernobyl en puissance. On sait que l’on consomme trop au niveau mondial et que cette consommation ne peut que s’accroître vu la démographie galopante…

La vraie question aujourd’hui est de savoir qui investit dans la recherche de nouvelles énergies, quels montants, quels pays, quelles ententes et si la dynamique existante offre une réelle probabilité de trouver quoi que ce soit d’autre qu’une bonne conscience. Car la catégorie silencieuse est inquiète mais pas dupe, le nucléaire n’est pas mort et il se passera du temps avant que le monde actuel change de source d’énergie. A l’heure des régionales où l’on critique les alliances douteuses, on a entendu qu’il était sorti de la discussion sur ITER entre les verts et le PS un accord pas nouveau (à savoir deux euros investit dans les énergies nouvelles pour un euro dépensé dans le nucléaire) et que beaucoup critiquent, mais qui cerne bien les contours du problème.

C’est le genre de chose que l’on aimerait entendre plus souvent, à savoir l’émergence d’un certain réalisme dans un monde de perroquets assis sur des idées fixes volées à l’étalage des marchands de certitudes.

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